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Les cinq Esprits


LE Psychisme chez l'être humain

"Une fois que le Shén du coeur est activité, le Shén des cinq organes Zāng est activé."

Canon Classé, Zhang Jiebin, 1563-1640, Dynastie Ming (1)

L'Esprit originel (yuán shén) se décline en "cinq Esprits" (Wǔ Shén), à savoir l'Esprit de la connaissance (Shí shén du Coeur), l'Âme Corporelle (Pò du Poumon), l'Âme Éthérée (Hún du Foie), l'Esprit de réflexion (Yì de la Rate) et l'Esprit de volonté (Zhì du Rein).

Cet ensemble, qui réunit les cinq aspects mentaux, émotionnels et spirituels, forme le "Psychisme" d'un être humain.

Les cinq organes Yin (Coeur, Poumon, Foie, Rate, Rein) sont "les bases physiologiques du Psychisme" (2). L'état du Qi et du sang peut influer sur le Psychisme et, à l'inverse, les troubles du Psychisme peuvent affecter un ou plusieurs organes.

Les cinq Esprits (Wǔ Shén)
Les cinq Esprits (Wǔ Shén)

(1) Zhen Qingchuan & Liu Lylie, La psychologie des Perceptions Internes, 2018, p.96

(2) La psyché en médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 2012, p.7

l'esprit de la connaissance (shí shén)

l'Esprit de la connaissance, ou Esprit post-natal, naît du monde manifesté (cf. tài jí - voir notions clés : La cosmogonie chinoise). Shí shén demeure dans le Coeur tout en étant en relation avec le cerveau.

L'Esprit de la connaissance est responsable des activités mentales que sont la pensée, la cognition, la conscience de la réalité objective du monde, la conscience de soi, la lucidité, les émotions et la mémoire.

L'Esprit de la connaissance gouverne également tous les autres aspects mentaux et spirituels de l'être humain puisqu'il assure la très importante fonction de coordination et d'intégration "des diverses parties de notre vie psychique et émotionnelle dans notre moi en tant que tout" (1).

Par sa capacité à recevoir, synthétiser, conserver, extraire et transmettre de l'information, shí shén gouverne et exerce son influence sur les activités du Hún, Yì, Pò et Zhì. Pour que sa gouvernance et son influence soient efficientes, il est important que cette puissance d'animation ne soit pas trop ou trop souvent sollicité. Une hyperactivité de shí shén peut avoir deux conséquences préjudiciables à notre équilibre psycho-émotionnel :

  • En ayant une forte activité spéculative, l'Esprit de la connaissance domine l'Esprit originel qui se soumet alors, rappelant que quand l'un croît, l'autre décroît.
  • En consumant le Qi, l'Esprit de la connaissance n'est plus assez puissant pour ramener Hún, Yì, Pò et Zhì sous son contrôle, entraînant une montée des émotions.

(1) La psyché en médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 2012, p.21

l'âme corporelle (PÒ)

L'Âme corporelle s'enracine dans le Poumon.

L'Âme Corporelle vient de la mère et se manifeste trois jours après la conception, donnant naissance à la forme humaine pendant la gestation. Elle est comparable au troisième jour de la lune montante. Ce qui fait qu'autrefois, l'Âme corporelle s'appelait "Lune-Pò".

Pò est "l'expression somatique de l'âme" (1), c'est à dire qu'elle "représente l'activité physiologique du corps qui, en elle-même, est l'âme" (2). L'Âme corporelle est porteuse d'un instinct de conservation. Si nous écoutons les messages de cette formidable intelligence, nous savons ce qui est bon pour nous.

L'Âme corporelle est responsable du mouvement centripète (3), qui contracte, au sens physique. Elle anime les mouvements de l'Essence (cf. Jīng - voir notions clés) dans tous les processus physiologiques du corps.

L'Âme corporelle "donne au corps la possibilité de se mouvoir, l'agilité, l'équilibre et la coordination des mouvements" (4). Elle donne également à l'individu la capacité d'avoir des sensations et des sentiments.

À la mort, Pò meurt avec le corps et retourne à la Terre.

(1) La psyché en médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 2012, p.47

(2) Ibid, p.48

(3) Centripète (physique) : Qui tend à approcher d'un centre (définition Wiktionnaire).

(4) La psyché en médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 2012, p.48

l'âme éthérée (HÚN)

Hún s'enracine dans le Foie. L'Âme Éthérée, proche de la notion occidentale "d'âme" (1), vient du père, pénètre dans le corps trois jours après la naissance et "confère à l'être son individualité" (2).

L'Âme Éthérée est responsable du mouvement au sens psychique, du "va-et-vient" de l'esprit de la connaissance. Hún est associé à l'expression d'un mouvement d'expansion, centrifuge (3) : mouvement de l'âme au moment du rêve, mouvement vers autrui dans la sphère des relations humaines, élan créatif, etc.

L'Âme Éthérée évoque également le côté "intuitif et non rationnel de la nature humaine" (4). Elle a sa propre existence, sur laquelle "l'Esprit de la connaissance n'a rien à dire" (5). Toutefois, l'interaction entre l'Âme Éthérée et l'Esprit de la connaissance fonde la richesse de notre vie psychique.

À la mort, hún retourne vers un "état subtil et immatériel des énergies et des êtres" (6) qui est la conception chinoise du "Ciel" (Tian) et shí shén s'éteint tout simplement, ce qui confirmerait que hún a bien la nature de l'Âme plutôt que celle de l'Esprit (au sens de conscience). La croyance en une âme qui survit au corps après la mort remonte à avant la période des Royaumes Combattants (221-207 AEC) et l'apparition des grandes théories de la médecine chinoise.

(1) Du latin anima, souffle, vie.

(2) La psyché en médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 2012, p.56

(3) Centrifuge (didactique) : Qui éloigne ou qui s'éloigne du centre (définition Wiktionnaire).

(4) La psyché en médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 2012, p.27

(5) Ibid, p.28

(6) Ibid, p.25

l'esprit de réflexion - YÌ

La Rate abrite l'Esprit de réflexion. Yì est responsable de la pensée appliquée, de l'étude, de la mémorisation, de la fixation de l'attention et de la production des idées. De part ses aspects intrinsèques, yì se meut avant même que shí shén (la pensée) ne surgisse. À ce stade, cette anticipation de l'Esprit de réflexion est malléable et n'est pas encore en mouvement. Yì est donc de nature "mobile et vacillante". La transformation et le mouvement du Yì produit la "réflexion" qui est le stade initial de la formation d'une pensée.

En résumé, l'Esprit de réflexion fait des propositions "détaillées et exhaustives"(1) que l'Esprit de la connaissance considère. Les propositions confirmées par shí shén sont transmises à l'Esprit de volonté qui les réalise.

(1) Zhen Qingchuan & Liu Lylie, La psychologie des Perceptions Internes, 2018, p.111

l'esprit de volonté - ZHÌ

Le Rein abrite l'Esprit de volonté. L'esprit de volonté est sollicité après que les propositions du yì aient été acceptées par shí shén. C'est le moment où une pensée arrive à son stade final de formation. L'Esprit de volonté est de nature "statique et inébranlable". Zhì est le maître d'oeuvre de shí shén en nous donnant la volonté d'entreprendre. Ce "qi mental" est liée à la force de caractère, d'où l'expression "avoir les reins solides".

sources



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